Comment la pomme de terre se crée une voie vers le succès au Nigeria et au Cameroun

De Christoph Bracher

Alors qu'il est impossible d'imaginer la cuisine allemande sans la pomme de terre, cette dernière demeure encore relativement marginale au Nigeria et au Cameroun. Le potentiel est assurément existant. Toutefois, en raison du degré d'organisation encore faible de la chaîne de valeur, il est à peine exploité. Les plateformes de parties prenantes constituent une approche prometteuse pour le développement des chaînes de valeur de la pomme de terre. Elles rassemblent des représentants des différents maillons de la chaîne de valeur pour promouvoir conjointement le développement du secteur de la pomme de terre. L'AHA soutient la mise en place de telles plateformes avec des processus de développement organisationnel et de facilitation.
Kartoffelplattform Geschäftsmodellentwicklung Nigeria

Alors qu’il est impossible d’imaginer la cuisine allemande sans la pomme de terre, cette dernière demeure encore relativement marginale au Nigeria et au Cameroun. Le potentiel est assurément existant. La demande est supérieure à ce que la production locale peut fournir. Avec de bonnes pratiques agricoles et des semences de qualité, les rendements pourraient être multipliés. Et sur le plan alimentaire, la pomme de terre fournit des nutriments importants. Toutefois, en raison du degré d’organisation encore faible de la chaîne de valeur, le potentiel est à peine exploité. Les plateformes des parties prenantes constituent une approche prometteuse pour le développement de la chaîne de valeur de la pomme de terre. Elles rassemblent des représentants des différents maillons de la chaîne qui échangent et agissent pour promouvoir conjointement le développement du secteur de la pomme de terre. De cette manière, ils peuvent identifier ensemble les points de blocage dans la chaîne de valeur de la pomme de terre, et développer des solutions pour un fonctionnement plus efficace ou négocier des positions communes pour des stratégies ou un plaidoyer politique. Forte de sa longue expérience dans le domaine du développement organisationnel et de la facilitation des processus de négociation, l’AHA soutient la mise en place de deux plateformes de ce type au Nigeria et au Cameroun, avec le soutien financier et logistique de la GIZ.

Au Nigeria, un groupe de producteurs, un transformateur et des acteurs de la recherche ont formé une plateforme pour augmenter conjointement la production locale de pommes de terre de haute qualité destinées à la transformation dans l’État de Plateau. À moyen terme, cependant, l’objectif est de réunir d’autres acteurs la chaîne de valeur au niveau national et d’améliorer les conditions cadres pour le fonctionnement de celle-ci. Depuis décembre 2020, l’AHA accompagne la plateforme dans son processus de développement. Dans le cadre d’ateliers, les membres de la plateforme travaillent avec les formateurs de l’AHA pour développer les bases essentielles d’une organisation dirigée par des agriculteurs : dans un premier atelier, une vision et des objectifs stratégiques de la plateforme ont été définis. Sur cette base, des activités concrètes ont été fixées lors d’un deuxième atelier et les bases d’un modèle d’entreprise ont été élaborées. Les contenus développés dans les ateliers servent également de contributions précieuses à la stratégie nationale pour le secteur de la pomme de terre, ce qui signifie que la plateforme peut déjà faire entendre sa voix au niveau national. L’étape suivante consistera à renforcer les organes démocratiques de l’organisation, tels que l’assemblée générale ou les élections du conseil d’administration. Entre les ateliers, les groupes de travail de la plateforme seront préparés à leur rôle lors de sessions de coaching individuel. En s’appuyant sur ses structures établies et sur les capacités personnelles accrues, la plateforme sera ensuite ouverte à d’autres parties prenantes de la chaîne de valeur – des négociants en ressources aux représentants des ministères.

Au Cameroun, cependant, il n’existe toujours pas de partenariat formel entre les différents acteurs. Afin d’identifier les différentes attentes au sein du secteur et les possibilités de coopération conjointe, l’AHA a animé un atelier en août 2021 avec plus de 30 participants (des groupes de producteurs aux directeurs des ministères). La grande motivation des participants pour le développement conjoint de la chaîne de valeur de la pomme de terre a été clairement exprimée. Contrairement à ce qui se passe au Nigeria, la plateforme camerounaise doit fonctionner au niveau national dès le lancement du projet. Pour ce faire, une interprofession doit être fondée, il s’agit d’une structure organisationnelle répandue en Afrique francophone et qui ne diffère pas des fédérations professionnelles allemandes. Les participants à l’atelier ont également défini les domaines d’activité qui devraient être traités en priorité par l’interprofession et les tâches qui en découlent pour les acteurs. À l’avenir, il s’agira de définir, avec les acteurs locaux, la meilleure façon de soutenir le développement de l’interprofession.

Si les activités et les méthodes au Nigeria et au Cameroun diffèrent sensiblement, un principe de base est au cœur du travail de l’AHA : les acteurs sur le terrain sont eux-mêmes responsables de la définition de leurs objectifs, de leur organisation et de leur action. Les formateurs de l’AHA ne dictent pas le déroulement d’un processus ou son issue, mais proposent un accompagnent d’égal à égal. Dans de nombreux cas, cette approche est nouvelle pour les acteurs locaux. Il faut donc souvent un certain temps pour que cet état d’esprit soit bien intégré. Mais une fois cet objectif atteint, une dynamique s’installe, soutenue et poursuivie par les acteurs eux-mêmes, et dont l’effet perdure au-delà de la fin du soutien de l’AHA.

Outre les impondérables inévitables liés au travail dans un contexte local, les restrictions de voyage imposées au Nigeria par la COVID-19 constituent un défi particulier pour l’approche centrée sur l’humain de l’AHA. Toutefois, la coopération avec les formateurs locaux permet de mener des ateliers dans un format hybride. Dans ces cas, un formateur local, qui a été préalablement initié aux méthodes AHA par un formateur AHA expérimenté, accompagne les participants dans un échange personnel. Le formateur AHA est connecté par web call et accompagne l’atelier à distance. Même s’il ne peut remplacer les échanges directs et personnels, ce format a fait ses preuves jusqu’à présent. Il continuera donc d’enrichir à l’avenir la vaste panoplie de méthodes de l’AHA, même si nous sommes très impatients de pouvoir à nouveau échanger directement avec nos partenaires sur place dès que possible !

L'auteure

Christoph Bracher

Chargé de Programme International