C’est ainsi qu’au début de l’année 2026, nous avons invité 20 femmes d’Allemagne et d’Afrique du Sud, issues des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, âgées de 26 à 80 ans et provenant de milieux sociaux, culturels et économiques variés, à passer ensemble une semaine en avril à Pretoria et dans ses environs ainsi qu’au Cap, puis une semaine en juin à Bonn et dans ses environs.
En cette saison automnale en Afrique du Sud, nous avons notamment visité des exploitations dirigées par des femmes, telles que Lefakong Moringa Farming et le domaine viticole Delheim. Une visite chez Corteva, fabricant de semences et de produits agrochimiques, nous a permis de découvrir le programme « Soil-Sisters », qui forme et soutient spécifiquement les femmes. Des tables rondes avec des représentantes du ministère sud-africain de l’Agriculture, de l’association régionale d’agriculteurs SACAU, des associations nationales AFASA et AgriSA, de l’institution financière LandBank, ainsi que du réseau panafricain FANRPAN et de l’attaché agricole de l’ambassade d’Allemagne nous ont ouvert les yeux sur les aspects locaux du commerce, des finances et de l’accès à la terre. Il est apparu clairement que les programmes visant à promouvoir les femmes entrepreneurs restent rares, tant en Afrique du Sud qu’en Allemagne, et ne sont pas accessibles à toutes. La présence de femmes à des postes clés au sein des institutions contribue à mettre davantage en lumière ces défis et à rechercher des solutions innovantes et adaptées.
Il était impressionnant d’entendre parler de la transformation de l’agriculture en Afrique du Sud, qui produit et commercialise aujourd’hui sans subventions, en s’alignant strictement sur les exigences du marché. Les différences entre agriculteurs noirs et blancs persistent, mais nous avons constaté que, notamment dans le segment des agriculteurs émergents, les problèmes sont similaires pour tous et que la coopération entre les associations évolue de manière positive afin d’ouvrir la voie à de jeunes femmes entrepreneurs en devenir, quelle que soit leur origine, pour qu’elles puissent contribuer avec succès à cet important secteur économique. La semaine s’est achevée par une réception organisée par l’ambassade d’Allemagne à Pretoria et par une soirée presque exclusivement féminine chez la consule générale Tanja Werheit, dans la résidence historique du consulat général au Cap.
En Allemagne, où régnait une chaleur estivale, un programme riche était également au programme entre le Münsterland et l’Eiffel. Nous avons notamment visité la ferme avicole Lehnertz ainsi que l’exploitation d’élevage Hof Hueske, toutes deux dirigées par de jeunes femmes entrepreneurs. Beaucoup de participantes ont été particulièrement touchées par la manière dont ces jeunes femmes parviennent à concilier gestion d’entreprise et vie de famille. Cela n’est possible que grâce au soutien de la famille, du partenaire et d’un employeur ouvert d’esprit, ainsi qu’au dispositif progressiste du congé parental, qui offre la marge de manœuvre nécessaire. La visite chez Agnes Böcker, dont l’exploitation séduit par une large diversification de la production, la vente directe et l’expérience à la ferme, a également fait forte impression.
L’un des moments forts a été la visite à l’Office fédéral de l’agriculture et de l’alimentation (BLE) à Bonn, où la présidente, le Dr Margareta Büning-Fesel, a animé avec les participantes un échange ouvert et extrêmement passionnant sur les questions relatives au leadership féminin. Les différentes tables rondes et discussions organisées en Allemagne et en Afrique du Sud avec des représentantes et représentants du monde économique, politique et de diverses associations ont montré à maintes reprises que, si le rôle des femmes dans l’agroalimentaire et l’agriculture est encore loin d’être idéal, de nombreuses institutions se penchent désormais sur cette question. Des enjeux tels que l’accès à la terre et au financement continuent de représenter un défi majeur dans les deux pays, bien que de manière différente. Nous espérons que les projets qui nous ont été présentés (par exemple ceux visant à améliorer l’accès aux prêts) seront effectivement mis en œuvre.
Le programme WTA a été lancé par le réseau Women in Agribusiness, sa fondatrice Hella Otten et la vice-présidente de la Fédération allemande des agriculteurs (DBV), Susanne Schulze Bockeloh, en collaboration avec la commission spécialisée des femmes entrepreneurs de la DBV. La toute première édition, qui avait réuni des femmes du Kenya et d’Allemagne, continue d’avoir des répercussions jusqu’à aujourd’hui. Elle a donné naissance au réseau Women in Agribusiness Kenya, qui reste actif. L’Akadémie Andreas Hermes conçoit et organise le WTA depuis ses débuts et a continuellement perfectionné ce format avec la deuxième édition, qui a réuni l’Afrique du Sud et l’Allemagne.
La véritable valeur de ces deux semaines s’est notamment manifestée en marge du programme officiel : dans la cohésion exceptionnellement forte du groupe, dans l’esprit de « sisterhood » (solidarité féminine) mis en pratique et dans les échanges ouverts sur les défis personnels, le développement entrepreneurial et les modèles économiques des participantes. Dans le même temps, ces femmes se sont livrées à une réflexion sur elles-mêmes et sur les pays visités. Tant en Allemagne qu’en Afrique du Sud, les femmes restent structurellement sous-représentées dans l’agriculture et l’agroalimentaire, et trop rarement présentes là où se prennent les décisions stratégiques. La culture, la tradition et le développement jouent ici un rôle à différents égards. C’est précisément ce contraste entre une grande force personnelle et des obstacles structurels qui a rendu ces deux semaines d’échange particulièrement marquantes.
Le programme WTA doit aller plus loin. L’Akadémie Andreas Hermes poursuit par ailleurs, en collaboration avec les initiatrices du projet, l’objectif de mettre en place un réseau commun d’anciennes participantes et d’instaurer un format d’échanges en ligne régulier afin de renforcer à long terme les relations nouées et les échanges professionnels. Ces échanges doivent ainsi donner naissance à une communauté durable dont l’impact s’étendra bien au-delà de la durée officielle du programme. D’autres échanges, y compris en dehors de l’Afrique, sont également en cours de planification, et la collecte de fonds bat son plein. L’Académie Andreas Hermes remercie toutes les participantes, les représentantes et les organisations partenaires pour leur collaboration basée sur la confiance.