Le véritable impact d’un projet ne devient souvent visible qu’après sa clôture officielle. C’est à ce moment-là que l’on voit si les formations, les voyages d’étude et les formats d’échange ont simplement créé des moments utiles — ou s’ils ont donné naissance à des réseaux, à des routines et à des changements concrets. C’est précisément ce type d’impact qui apparaît aujourd’hui, environ un an et demi après la fin du projet bilatéral de coopération financé par le BMLEH et consacré au renforcement des capacités des membres de la Southern African Confederation of Agricultural Unions (SACAU) en matière de résilience climatique.
Dans le cadre de ce projet de trois ans, mené de 2021 à 2024, des formats d’apprentissage entre pairs, des échanges virtuels et des voyages d’étude ont été organisés conjointement avec la SACAU, l’organisation faîtière regroupant 19 organisations nationales de producteurs agricoles dans 12 pays. L’objectif était de permettre aux représentantes et représentants des organisations agricoles d’apprendre les uns des autres, de mobiliser une expertise externe et de développer leurs propres approches pour répondre aux besoins de leurs membres. Ensemble, les organisations membres de la SACAU représentent plus de 6 millions d’agricultrices et d’agriculteurs en Afrique australe.
Un élément central du projet a été la Communauté de pratique sur la résilience climatique (Community of Practice on Climate Resilience, CoP). Dans ce cadre, des représentantes et représentants des organisations agricoles ont renforcé leur expertise en matière d’agriculture résiliente au changement climatique et ont échangé avec des centres de recherche et de technologie régionaux ainsi qu’allemands.
Des échanges qui se poursuivent et restent pleinement d’actualité
Un an et demi après la fin du projet, une chose est claire : la Communauté de pratique continue à fonctionner au-delà de la période de financement. Ses membres restent en contact, échangent des informations et utilisent le réseau mis en place pour réagir de manière précoce aux évolutions climatiques.
Un exemple concret est la préparation à l’évolution attendue du phénomène El Niño et à ses possibles effets sur la saison des pluies 2026/27. Avant même le début de la prochaine saison agricole, des expertes et experts sont mobilisés afin d’aider les organisations agricoles membres de la SACAU et leurs membres à se préparer à temps : à quoi faut-il s’attendre ? Quelles conséquences cela peut-il avoir sur les précipitations, les températures et les décisions de culture ? Et quelles mesures les exploitations agricoles devraient-elles préparer dès maintenant ? Ces préparatifs contribuent directement à renforcer la résilience climatique des systèmes agricoles de la région face aux effets croissants du changement climatique.
De l’échange à l’application : Pfumvudza comme exemple de transfert de connaissances
L’impact du projet se manifeste de manière particulièrement concrète à travers une pratique que les membres de la Communauté de pratique ont découverte lors d’un voyage d’étude au Zimbabwe : Pfumvudza, un terme shona signifiant « nouvelle pousse ». Cette approche d’agriculture de conservation repose sur l’utilisation de cuvettes de plantation, la couverture du sol et une meilleure valorisation de l’humidité limitée disponible dans le sol.
Ce qui avait d’abord été un moment d’apprentissage dans le cadre des activités du projet a ensuite été relayé par les membres de la Communauté de pratique — dans leurs pays, leurs organisations et leurs réseaux. De jeunes entrepreneuses et entrepreneurs agricoles au sein des organisations se sont également approprié ces approches, les ont associées à une logique entrepreneuriale et les ont développées davantage.
Il ne s’agit plus seulement de démonstrations à petite échelle, mais de rendre ces méthodes praticables à plus grande échelle. Là où le travail était auparavant effectué à la main, des tarières motorisées sont désormais parfois utilisées pour creuser les trous de plantation plus efficacement. C’est ici que l’impact du projet devient tangible : les connaissances ne sont pas seulement transmises. Elles sont adaptées, testées et mises en œuvre.
Les organisations agricoles comme représentantes clés de l’agriculture dans les processus nationaux de politique climatique
Les organisations agricoles elles-mêmes ont également pu renforcer leur pertinence et leur visibilité grâce aux activités du projet. Les activités menées autour des Contributions déterminées au niveau national (Nationally Determined Contributions, NDCs) en sont un exemple.
Pendant le projet, la SACAU et les organisations agricoles nationales concernées ont organisé, dans six pays, des ateliers sur le rôle de l’agriculture dans les NDCs. Ces activités ont permis de créer de nouvelles relations et de nouveaux points d’entrée dans les processus politiques. Les organisations agricoles ont pu mieux comprendre où et comment l’agriculture est abordée dans les processus nationaux liés au climat, et de quelle manière elles peuvent y faire valoir les perspectives de leurs membres. Dans le même temps, les acteurs publics ont davantage perçu les organisations agricoles comme des représentantes centrales du secteur agricole. Dans plusieurs pays, elles sont désormais plus étroitement associées aux structures ministérielles — parfois aussi en tant que membres de comités ou de groupes de travail pertinents sur les NDCs.
Le projet a ainsi établi une passerelle importante : de la sensibilisation technique aux NDCs vers une participation politique concrète des organisations agricoles aux processus climatiques nationaux.
Un impact qui dépasse la résilience climatique
Il est également remarquable que le projet produise des effets au-delà de son thème central initial. Le réseau mis en place est utilisé pour faire circuler plus rapidement de nouveaux sujets au sein des organisations membres. Un exemple actuel est l’échange au sein de la Communauté de pratique sur les normes et les obligations de diligence à respecter pour les exportations vers l’Europe.
La Communauté de pratique devient ainsi plus qu’un simple espace d’échange technique. Elle se transforme en une infrastructure régionale d’apprentissage.
Ce qui reste — et ce qui compte pour la suite
Le projet n’a pas seulement mis en œuvre des activités. Il a créé des relations, des routines et des capacités de connexion technique. La Communauté de pratique continue d’exister, les connaissances sont transmises, de jeunes entrepreneuses et entrepreneurs agricoles traduisent les idées en pratique, et de nouveaux sujets trouvent leur chemin vers les organisations agricoles de la région.
Il ne s’agit pas d’un impact spectaculaire ou très visible. Mais c’est un impact qui porte ses fruits dans la durée : du voyage d’étude au champ, de l’échange vers les organisations, de moments d’apprentissage individuels vers une structure régionale qui continue de fonctionner.
Ce faisant, la Communauté de pratique crée et maintient également les conditions nécessaires pour identifier rapidement de nouveaux sujets, les préparer et les partager au sein d’un vaste réseau. Pour de futurs projets, elle offre ainsi la possibilité de passer plus rapidement à la mise en œuvre et de toucher potentiellement des millions d’agricultrices et d’agriculteurs grâce à un réseau déjà établi.